Portrait de Julie Bernard

Domaine de l'Atrie-Julie Bernard-Vinibee
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Ils sont six viticulteurs bio en Vendée. Parmi eux, Julie Bernard, vigneronne nature, s’installe à Aizenay et réalise son rêve dans une vigne datant de 1890, qui était menacée de disparaître.

2011, le coup de cœur.

Etudiante en lettres modernes dans les Flandres, elle fait escale à Aizenay, pour acheter du vin pour ses 30 ans… Elle ne se voit guère enseignante. Rien ne la prédestinait à devenir vigneronne si ce n’est cet amour de la nature, car Julie a toujours été animée par la terre, l’agriculture. Une agriculture paysanne pour laquelle elle milite.
« J’ai toujours été intéressée par le vin et l’agriculture, mais dans le Nord, ça me paraissait inaccessible ! J’ai eu ce coup de folie quand j’ai fait la connaissance de Michel ».

Son destin commence à s’écrire suite à cette rencontre. Michel Roblin, propriétaire du vignoble lui explique qu’il doit cesser son activité et que ses 5 hectares et demi de vignes vont être arrachées, faute de repreneur. Coup de foudre ? Allez savoir ! En guise de cadeau d’anniversaire, elle se dit pourquoi pas un changement radical de cap ? Elle reprend le chemin des études et prépare un diplôme de technicienne agricole, option viticulture, à Vallet. Un stage dans le Muscadet et quelques mois de parrainage avec Michel Roblin dans les rangs de vigne vont lui apprendre les ficelles du métier. Le reste, c’est du courage, du bon sens et un moral d’acier.

Elle annonce à l’ancien propriétaire son passage en bio. Ce dernier n’est pas choqué puisque lui-même partagé entre le vignoble et son activité de maraîchage, travaille en suivant les principes de l’agriculture raisonnée. Même s’il était sensible à l’agriculture bio, ce passage signifiait 50 % de travail en plus pour lui, ce qui n’était pas envisageable. Le coup de folie de Julie sera le salut de Michel : ils engagent tous deux la conversion en agriculture bio en 2011, pour une durée de trois ans.

2012, année à vide…

Pour sa première cuvée, elle doit faire face à « la pire année depuis quarante ans selon les viticulteurs en Vendée ». Pluie et lutte contre le mildiou, gelées tardives, re-pluies torrentielles lors des vendanges… résultat une année blanche pour commencer ! C’est formateur… Elle apprend à encaisser les aléas de la météo, sans se décourager.

Ses efforts sont récompensés l’année suivante. Avec la conversion en bio, en arrêtant tous les traitements phytosanitaire, on voit la faune et la flore s’épanouir : les insectes, les papillons et les animaux reviennent, les paysages se transforment, la biodiversité renaît. Et dans les vignes, les ceps qui ne sont plus nourris par des engrais ont retrouvé vigueur en plongeant leurs racines dans le sous-sol.

Ses parcelles sont réparties en trois îlots principaux :

  • L’Atrie avec 2 ha où schiste et granite sont présent. Y sont plantés le cabernet sauvignon, le
    grolleau gris et noir.
  • La Chavechère, 1,5 ha sur des micaschistes où sont plantés le gamay (celui de « l’Envolée ») et le chardonnay.
  • La Buzenière , 1,5 ha où l’on trouve le cabernet franc et sauvignon.

Julie Bernarde a souhaité sortir des appellations pour se sentir libre de faire le vin qu’elle aime. C’est un travail à la fois technique et créatif : elle choisit de produire son propre vin et d’accompagner la plante jusqu’à la production. Son « vin de France » est naturel, sans rien d’autre que du raisin, garanti sans produits
phytosanitaires de synthèse. Juste 25 mg de soufre (ce qui correspond aux normes de l’Association des Vins Naturels), pour évider l’oxydation.
Elle cultive 7 cépages, le millésime 2014 est son premier millésime certifié bio. Sa production annuelle de 15 000 bouteilles de vin blanc, rosé et rouge (près de 200 hectolitres) est écoulée par le bouche-à- oreille…

Elle trace son sillon, elle qui à 17/18 ans se promettait de ne jamais boire de vins… Sa famille dans le vin, elle la trouve au groupement des agriculteurs biologiques. De quoi nourrir l’entraide… et garder la dose indispensable de militantisme.