Le sol est le premier maillon de la chaîne qui conduit du terroir au verre.
25 % de la biodiversité connue vit sous nos pieds, dans quelques centimètres de terre — et c’est précisément cette vie invisible qui construit la fertilité, structure le sol, régule l’eau et nourrit la vigne. La viticulture conventionnelle, en ayant massivement recours aux pesticides et aux engrais de synthèse, a largement appauvri cette vie souterraine. La viticulture bio et naturelle fait le choix inverse : accompagner le sol plutôt que le forcer.
Qu’est-ce qu’un sol vivant ?
Un sol vivant, c’est un sol peuplé d’une communauté extraordinairement diverse de micro-organismes — bactéries, champignons, protozoaires — et de macro-organismes comme les vers de terre et les insectes. Ces organismes décomposent la matière organique, libèrent les minéraux assimilables par les plantes, structurent les agrégats du sol et régulent ses échanges avec l’eau et l’atmosphère. La vigne, comme tous les végétaux, bénéficie de ces échanges via les mycorhizes : des symbioses entre ses racines et des champignons du sol qui démultiplient sa capacité à puiser eau et minéraux. En détruisant cette vie par les pesticides et les engrais minéraux, l’agriculture conventionnelle coupe la vigne de son terroir.
Sol vivant et qualité du vin : le lien avec le terroir
Le terroir ne se résume pas à la géologie ou au climat — il est aussi et surtout biologique. Un sol vivant, riche en micro-organismes et en mycorhizes, est ce qui permet à la vigne d’exprimer la complexité de son environnement dans le raisin. C’est pourquoi les vignerons en agriculture biologique ou biodynamique qui travaillent à restaurer la vie de leurs sols produisent des vins plus expressifs, plus distincts d’une parcelle à l’autre, plus fidèles à leur millésime. La recherche le confirme : la diversité microbienne du sol se retrouve dans le profil aromatique du vin.
La vie du sol par Marc-André Selosse
Qu’est-ce qui comporte 25 % de la biodiversité connue et 75 % de la biomasse terrestre, construit la fertilité du monde, régule le cours des rivières et le climat ? Ne cherchez pas loin, juste sous vos pieds : c’est le sol !
Modèle agricole et limites planétaires
Créé en 2009, le concept de « limites planétaires » vise à définir les grands équilibres naturels assurant un espace de vie préservé pour l’humanité.
Six des neuf limites sont dépassées à ce jour :
– le changement climatique,
– l’érosion de la biodiversité,
– la perturbation des cycles de l’azote et du phosphore,
– le changement d’usage des sols,
– le cycle de l’eau douce (eau bleue et eau verte),
– l’introduction d’entités nouvelles dans la biosphère.
La biodiversité dans les vignes
Une équipe internationale coordonnée par l’INRAE (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) a étudié les communautés d’oiseaux de 334 vignobles de 12 régions viticoles en France, en Espagne et en Italie. Leurs résultats, publiés dans la revue Journal of Applied Ecology, montrent que la diversité des communautés d’oiseaux est favorisée par la combinaison de la viticulture biologique, l’enherbement entre les rangs de vigne et la diversité des habitats qui composent le paysage (forêt, haies, prairies…).